De retour en France, la construction durable continue bien sûr !
Après avoir construit en la terre crue aux 4 coins du monde, voici ce mode de construction traditionnel de nouveau à l’ordre du jour dans le Nord de la France!
Le fabricant Briqueteries du Nord lance sa gamme CruBriq, de produits de briques et enduits en terre crue. Une présentation de ce mode constructif ainsi qu’une visite de leur réalisation témoin ont été organisées vendredi 24 février.
Il faut savoir qu’un tiers du bâti mondial est en terre crue. Alors pourquoi ce mode constructif semble si marginal aujourd’hui en France ?
Le souci majeur de ce mode constructif est l’absence de règles professionnelles, de marquage CE, de DTU. Seule la norme NF XP 13-901 peut s’utiliser dans ce type de construction.
Aujourd’hui, un des objectifs de l’entreprise Briqueteries du Nord reste l’élaboration de règles, en se rapprochant par exemple de ce que font les allemands.
Les briques de terres crues peuvent être réalisées pour les murs porteurs, non porteurs, décoratifs, extérieurs, intérieurs…
Gilles Bernard, PDG de Briqueteries du Nord a décidé de financer un projet expérimental, Terre en Nord, de la conception à la réalisation d’un bâtiment entièrement réalisé en briques de terre crues. Pendant 3 ans, Fayçal El Fgaier, étudie au cours de la thèse, toute la partie scientifique de ce projet. Des capteurs de température, d’hygrométrie ont été placés dans le bâtiment afin de réaliser les mesures pour approfondir la connaissance de ce matériau.
Le principal attrait de ces briques est l’inertie. On peut donc les utiliser pour la réalisation de murs capteurs, de murs trombes, pour un remplissage d’ossature bois, en remplissage du plancher bas… En choisissant l’épaisseur du mur de briques en terre crue, on détermine le déphasage de restitution de la chaleur (ou fraicheur) emmagasinée. Par exemple, un mur de 20 cm d’épaisseur diffuse sa chaleur avec un décalage de 6h ou l’idéal étant une épaisseur de briques comprise entre 40 et 50 cm pour un déphasage de 12h.
La terre crue permet une bonne régulation du taux d’humidité dans le logement, contrairement aux ciments et aux plâtres.
Ces briques sont fabriquées localement, avec la matière première locale et un minimum d’énergie grise.
Les différentes étapes de la réalisation d’une brique crue sont quasiment les mêmes que pour la brique cuite, hormis la dernière étape :
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Extraction (15 000T/an de limon argileux)
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Moulage (Le malaxeur vertical entraine la terre vers le moule situé en bas) et compactage à l’eau
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Coupe (cadence de 5 000 briques /h)
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Sablage
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Séchage
Pour le séchage, contrairement aux pays tropicaux, qui laissent sécher les briques pendant environ 30 jours, les Briqueteries de Nord utilisent un séchoir, long de 120m, d’une température entre 20° et 65°. Ainsi, en une semaine, l’humidité des briques passe de 23% à 1,5%.
Malgré l’énergie utilisée par le séchage, cette brique reste tout de même beaucoup moins énergivore que la brique cuite.
38 kWh électricité / tonnes de briques crues
96 KWh gaz / tonnes de briques crues
48 Kwh en récupération d’énergie (chaleur du four…) / tonnes de briques crues
= 182 Kwh / tonnes de briques crues contre 650 KWh / tonnes de briques cuites
Cette brique permet aussi une économie à l’achat : de 20 à 25% par rapport à une brique en terre cuite.
Pour assurer la durabilité des briques, il convient aussi de protéger les ouvrages en terre crue contre la pluie, à la fois pendant le chantier et pendant la vie du bâtiment.
Maçonner un relevé sur la dalle en briques cuites (ou parpaings) permet aussi d’éviter les remontées capillaires de l’eau.
A travers le monde, la protection des ouvrages en terre est réalisée avec :
Un bon chapeau et des grandes bottes !
L’entreprise Legabat, ayant réalisé le bâtiment enterre crue nous fait partager son ressenti, son expérience face à la brique crue.
« Le chantier est propre, toutes les chutes de briques sont récupérées pour faire du mortier. Zéro déchets ! »
« Nous avons tenu à respecter le DTU de maçonneries de petits éléments, notamment en réalisant des chainages horizontaux et verticaux en béton. Nous aurions du laisser sécher la maçonnerie en terre crue plus longtemps avant de couler les chainages pour éviter le retrait. »
« Je recommande la réalisation de joints fins pour moins de retrait et un séchage plus rapide. »
« Le mortier, constitué d’un mélange de terre et de lin n’est pas facile à travailler. Nous avons du réapprendre notre geste, pour l’adapter à cette matière. »
L’utilisation de lin est indispensable dans l’élaboration du mortier, pour permettant une bonne homogénéité de séchage et « armer » le mortier à l’aide des fibres.
Les enduits extérieurs sont réalisés en différentes couches :
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Le gobetis : Sable + Chaux
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Le corps d’enduit : Sable + Terre + Chaux
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L’enduit de finition : Sable +Terre +Chaux + Huile de lin
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